Le créole antillais : c’est quoi ?

Saviez-vous qu’il y a plus de 120 créoles différents dans le monde. Plus proches du français les créoles haïtien, guyanais, martiniquais et guadeloupéen sont regroupé dans un sous-groupe appelé créole antillais.

Il y a plusieurs millions de personnes qui parlent le créole antillais : 11 millions en Haïti, 370 000 en Martinique, 270 000 en Guyane et 400 000 en Guadeloupe. Comme pour toute les langues informelle il y a différentes variantes : rien qu’en Guadeloupe on remarque des différences de vocabulaire en la Basse-Terre et la Grande-Terre.

Le créole durant la période coloniale

Le brassage entre les différentes personnes esclavisés* issus du continent africain, les autochtones et les colons a donné naissance au créole avec les premières générations nés sur le territoire. Il faut savoir que créole désigne aussi bien la langue que les descendants de « migrants » qu’ils soient noirs ou blancs.

À la base, la stratégie des planteurs étaient de mélanger les ethnies afin qu’il ne puisse pas communiquer entre eux et se rebeller. Le fameux diviser pour mieux régner. Cependant au fur et à mesure, il a fallu acquérir une partie de la langue des maîtres pour comprendre leurs ordres mais également ceux des créoles esclavisés auxquels les maîtres avaient délégué un peu d’autorité. En 1718, dans une lettre Jean Crétien (lol oui, oui) va qualifier ce langage de « baragouin » ou de « français déformé ».

Une langue orale

Le Code noir interdisant d’apprendre à lire et à écrire aux personnes esclavisés, les premiers textes écrits en créole le sont par des blancs (Lisette quitté la plaine en 1754 ou Les bambous en 1846). Ces écrits étaient encore très rare et le créole est resté une langue oral pendant encore un longtemps. Une langue oral très riche grâce aux contes, devinettes et chansons qui rythmaient la vie sociale après l’abolition de l’esclavage.

Les blancs encore au sommet de la société créole, utilise le créole moins couramment et avec mépris. Ce mépris qui sera repris par les mulâtres qui cherchent à s’émanciper de cet héritage. C’est à partir de ce moment-là que le français est devenu la langue passe-partout. Parler parfaitement le français assurait à l’époque et jusqu’à il y a une trentaine d’années un meilleur emploi. «Le groupe mulâtre fut celui – surtout à partir de la fin du XIXe siècle – qui dénigra avec le plus de constance le créole et sa culture, survalorisant, déifiant, idolâtrant la langue et la culture françaises», rappelle l’écrivain Raphaël Confiant lors d’une conférence en 2004.

Le créole chassé sous la IIIème République

Sous la troisième république l’usage du français est fortifié, le français devient la marque d’une bonne assimilation tandis que le créole est perçu comme un obstacle à la progression. Le créole est exclu des administrations, de l’école, de la justice, de la société en somme. La frontière est tracé entre le français valorisé et les créoles méprisés sont relégués aux cercles familiaux et informels. J’ai interrogé mon entourage : Comment considériez-vous le créole ? La réponse est commune au plus de trente ans : les parents leur parlait quand ils étaient plus jeunes mais leur interdisait de le parler. Les raisons : soit ça les empêcherait de bien maîtriser le français ou il s’agirait d’un manque de respect vis-à-vis des aînés.

Un long combat pour la reconnaissance du créole

Il faudra attendre 1885 pour que le premier ouvrage en créole ne paraisse, il est rédigé par Alfred Parépou. Le combat pour la reconnaissance du créole en térritoire français est lancé. De nos jours nous connaissons et reconnaissons le travail sur la négritude d’Aimé Césaire à partir de 1930 qui sera soutenu par Gilbert Chambertrand, Bettino Lara, Rémy Nainsouta.

En 1952, Frantz Fanon, sociologue et écrivain Martiniquais, publie Peau noire, masques blancs qui est une analyse du rapport entre noirs et les blancs dans nos sociétés antillaises. Ce livre est vraiment intéressant car il expose les malaises de notre société par les traumatises de notre histoire mais il incite aussi à la réappropriation de nos terres, cultures et mémoires pour guérir.

L’ACADÉMIE CRÉOLE ANTILLAISE (ACRA) voit le jour en 1957, elle est composé de 26 membres dont 4 femmes, parmi lesquelles on peut citer Gerty Archimède. Parmi les objectifs de cette académie :

  • Faire l’inventaire de notre trésor linguistique
  • Établir la signification des mots et locutions proverbiales (généalogie illustrés de remarques et anecdotes)
  • Fixer la graphie
  • Rechercher les sources des langues qui coulent dans le langage créole
  • Révéler le génie de l’idiome et le défendre face au français

Le créole, une langue à part entière

En 1975, une équipe de recherche théorique se consacre à l’étude et à la description linguistique des créoles antillais (Guadeloupe, Martinique) à travers la grammaire, la lexicologie et la morphologies des créoles. Ce groupe est nommé GEREC-F qui signifie groupe d’études et de recherches en espace créolophone et francophone.

En 1982, Alain Savary alors Ministre de l’éducation, signe une circulaire qui organise l’enseignement des langues et cultures régionales. Le créole obtient le statut de langue régionale en 2000. Et à partir du 28 Octobre 2001, nous célébrons la Journée internationale du créole. Aujourd’hui un étudiant peut obtenir un diplôme universitaire et même un Capes créole !

Le créole est passé d’une langue méprisée à une véritable langue dont les créolophones sont fière. Il fait partie intégrante de nos identités et de plus en plus de personnes se mettent à l’étudier et à l’inscrire dans notre quotidien afin qu’il perdure.

Cet article est l’occasion de remercier tous les auteurs, les anonymes, les étudiants et les professeurs qui, de part leur travail, contribuent à valoriser cette magnifique langue.

Un débat émerge cependant, devrions-nous dire, en Guadeloupe, que nous parlons créole ou guadeloupéen ?


Votre avis m’intéresse.

* »Un néologisme tel que celui d’esclavisé évoque la capacité du sujet à résister à la violence extrême : une façon de dire que l’humain demeure humain même en situation de domination mortifère. »